Evacuations de personnes malades et vulnérables de Gaza vers la Belgique

Cette page détaille deux possibilités pour les personnes malades et vulnérables à Gaza pour venir en Belgique. Actuellement, deux options existent : le visa humanitaire délivré par l’Office des étrangers (OE) et l’évacuation via l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS).


Le visa humanitaire et l’évacuation de Gaza

Cette section concerne les personnes malades et vulnérables à Gaza qui souhaitent venir en Belgique et ne remplissent pas les conditions du regroupement familial. Ces personnes pourraient demander un visa humanitaire. En théorie, ce visa pourrait en effet être une option pour venir en Belgique mais en pratique des obstacles considérables rendent sa mise en œuvre très difficile, voire quasiment impossible.

1. Introduction de la demande

Une demande de visa humanitaire doit en principe être introduite en personne auprès de la représentation diplomatique à Jérusalem. Compte tenu de la situation à Gaza, un tel déplacement s’avère impossible.

Pour les demandes de regroupement familial, l’Etat belge accepte, en vertu de la jurisprudence Afrin, l’introduction par e-mail. Pour les autres demandes, l’Etat belge ne l’accepte pas (au moment de la rédaction de cet article).

En pratique, quand les personnes introduisent leur demande de visa humanitaire par e-mail via jerusalem.visa@diplobel.fed.be ils recevront donc une réponse du Consulat général à Jérusalem qui refuse de traiter la demande à distance. Il faudra alors contacter un avocat belge spécialisé en la matière pour attaquer cette décision devant le Tribunal de première instance en Belgique. L’avocat peut s’appuyer sur de la jurisprudence, notamment un arrêt de la Cour d’appel de Bruxelles qui permet l’introduction de la demande de visa humanitaire par e-mail sur la base de l’arrêt M.A. c. Danemark, dans lequel l’article 8 de la CEDH, le respect de la vie privée et familiale, est invoqué.

2. Traitement de la demande par l’Office des étrangers (OE)

Si la personne obtient, par le biais d’une procédure devant un tribunal belge, de pouvoir introduire la demande de visa humanitaire par e-mail, l’Office des étrangers (OE) examinera le dossier.

Contrairement au regroupement familial, un visa humanitaire n’est pas un droit, mais une faveur accordée par l’État belge. C’est une procédure incertaine, dont les conditions ne sont pas clairement établies. Les éléments qui pourraient jouer un rôle sont les liens de la personne avec la Belgique (par exemple, un membre de la famille), la vulnérabilité particulière de la personne, la dépendance de cette personne à l’égard d’une personne qui pourrait la prendre en charge financièrement en Belgique, etc.

Par ailleurs, l’Office des étrangers n’est pas tenu de respecter un délai spécifique pour prendre sa décision. Les personnes peuvent donc attendre longtemps avant d’obtenir une décision, ce qui est particulièrement pesant pour les personnes avec une maladie potentiellement mortelle.

3. Sortie effective du pays

Si le visa humanitaire est approuvé par l’Office des étrangers, un troisième obstacle se présente  : l’évacuation vers la Belgique. A la date de la publication de cet article (août 2026), la Belgique n’évacue plus personne de Gaza. Cet arrêt des évacuations concerne aussi les bénéficiaires d’un un visa de regroupement familial, mais pour les titulaires d’un visa humanitaires, un obstacle supplémentaire s’ajoute : la Cour d’appel de Bruxelles a jugé en mars 2026 que l’Etat belge n’était pas obligé d’inscrire les personnes titulaires d’un visa humanitaire sur la liste d’évacuation, ce qui laisse penser que si une nouvelle vague d’évacuation devait être organisée, ces personnes ne pourront pas s’y inscrire, contrairement aux personnes avec un visa de regroupement familial.

L’évacuation par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS)

Les personnes gravement malades à Gaza peuvent demander à se faire évacuer par l’Organisation mondiale de la santé (OMS). L’OMS évacue des patients nécessitant des soins spécialisés non disponibles à Gaza et un Comité de Sélection hiérarchise les demandes en fonction de leur urgence.

1. L’évacuation via Kerem Shalom ou via Rafah

Il s’agit d’un processus en plusieurs étapes. En bref, voici comment cela se déroule selon le site internet de l’OMS et leurs brochures :

A. Pour une évacuation via Kerem Shalom (frontière entre l’Egypte, la bande de Gaza et Israël

  • Un médecin d’un hôpital public de Gaza remplit un formulaire pour que son patient soit traité à l’étranger.
  • Le patient doit ensuite soumettre ce formulaire à un service ‘patients’ de l’hôpital public où il est traité.
  • L’hôpital transmettra la demande à un Comité de Sélection (constitué de responsables locaux de la santé), qui examine le dossier, détermine le niveau de priorité et approuve la demande d’évacuation médicale.
  • Ensuite, ce Comité partage la liste de patients approuvés avec l’OMS, qui recontacte le patient avant de transmettre des listes de patients à des pays qui pourraient organiser leur évacuation.
  • Si le pays d’accueil donne son accord pour l’évacuation du patient et de ses éventuels accompagnateurs, le dossier est envoyé aux autorités israéliennes qui délivrent une autorisation de sécurité.
  • Enfin, l’OMS organise l’évacuation en collaboration avec le pays d’accueil. En Belgique, cette collaboration est assurée par B-Fast (Belgian First Aid and Support Team), l’équipe belge spécialisée en aide d’urgence internationale.

B. Pour une évacuation via Rafah (frontière avec l’Egypte)

  • Nous présumons que les trois premières étapes sont identiques à celles pour l’évacuation via Kerem Shalom.
  • La liste de patients établie par la Comité de Sélection est partagée par l’Autorité Palestinienne avec les autorités israéliennes et égyptiennes pour l’autorisation de sécurité.
  • Si l’autorisation de sécurité est acquise, l’Autorité Palestinienne partage la liste de patients autorisés avec l’OMS, qui recontacte les patients et leur demande s’ils ont besoin d’aménagements pour le voyage.
  • Les patients se rassemblent au sud de Gaza (les patients du nord de Gaza y sont transportés en bus de l’OMS) pour se diriger vers le poste à Rafah, où leurs identités sont vérifiées par l’Autorité Palestinienne et la Mission d’assistance aux frontières de l’Union européenne.
  • Enfin, les patients arrivent en Egypte pour se faire soigner.

2. Situation actuelle et plus d’informations

En 2025, une dizaine d’enfants atteints de cancer ont été évacuées vers la Belgique. Nous n’avons pas d’information concernant une nouvelle évacuation vers la Belgique. Une personne inscrite sur la liste peut toutefois se faire évacuer par un autre pays, mais nous ne disposons pas plus d’informations concernant les évacuations planifiées par d’autres pays.

Vous trouverez plus d’informations, ainsi qu’une brochure en anglais et en arabe, sur la page internet de l’OMS.

Le Centre fédéral Migration MYRIA fournit des informations régulièrement actualisées sur leur page ’Bande de Gaza : assistance et évacuations belges et introduction d’une demande de visa’.

7 août 2026


Législation et jurisprudence
Bruxelles 30.12.2024
Introduction visa humanitaire par email
Bruxelles 09.03.2026
Pas d'obligation d'évacuation pour visa humanitaire